Mêts-Tissés à Saint-Pierre : une ode au terroir réunionnais
- Le Journal Critique

- 14 juil.
- 5 min de lecture
Au cœur de Saint-Pierre, Mêts-Tissés célèbre La Réunion dans ce qu'elle a de plus beau : son terroir, ses influences multiples et son incroyable richesse culinaire. Derrière chaque assiette se cache bien plus qu'une prouesse technique : une histoire, un souvenir, un clin d'œil aux traditions créoles revisitées avec une créativité aussi audacieuse que maîtrisée.
Aux commandes, le chef Julien Tarmalingom compose un menu surprise qui évolue au fil des saisons, des arrivages et de son inspiration. On oublie la traditionnelle carte et on accepte volontiers de se laisser surprendre. Les produits péi sont au cœur de chaque création, les classiques créoles se réinventent avec beaucoup de délicatesse et chaque service réserve son lot de découvertes. Une expérience qui invite autant à déguster qu'à s'émerveiller.

Loin du restaurant gastronomique parfois intimidant, Mêts-Tissés cultive une élégance chaleureuse. Le bois est omniprésent : les grandes étagères, les meubles anciens revisités, les tables, les assises... tout apporte une sensation de douceur et d'authenticité.
Au plafond, de grandes bottes de graminées suspendues rappellent les champs réunionnais et insufflent une touche végétale très poétique. Les petites lampes blanches diffusent une lumière tamisée qui crée une atmosphère presque feutrée, idéale pour prendre son temps. En fond de salle, la cuisine ouverte laisse entrevoir la brigade en pleine création : un spectacle discret mais fascinant, qui renforce le sentiment d'assister à quelque chose de vivant. L'ensemble est à la fois contemporain et profondément chaleureux. On s'y sent privilégié sans jamais avoir l'impression d'être coincé dans un restaurant guindé.
Le principe : se laisser guider

Chez Mêts-Tissés, deux expériences sont proposées : un parcours en 5 temps ou un en 7 temps, renouvelés régulièrement selon les produits du moment.
Petit conseil après l'avoir testé : le menu en 5 temps est largement suffisant.
Comme souvent en gastronomie, les assiettes peuvent sembler petites au premier regard. Mais ne vous y trompez pas : l'enchaînement des plats, les pains maison, les intermèdes et les mignardises composent un repas particulièrement généreux. Nous avions choisi le parcours en 7 temps… et, très honnêtement, c'était un peu trop pour nos estomacs.
Donc si vous hésitez, rassurez-vous : même les gourmands ressortiront le ventre bien rempli !
Une interprétation contemporaine des saveurs réunionnaises
Ce qui frappe surtout, c'est l'incroyable travail de réflexion derrière chaque assiette.
Impossible de retenir l'intégralité des explications tant elles sont riches et techniques. Chaque service s'accompagne d'un véritable récit : cuissons précises, fermentations, infusions, émulsions, condiments, jeux de textures... Le chef revisite les grands classiques créoles avec une maîtrise impressionnante, sans jamais les dénaturer.

Le repas commence par un clin d'œil très réussi au traditionnel gratin de chouchou. Sans en dévoiler tous les secrets – et ce serait d'ailleurs dommage de gâcher la surprise –, chaque bouchée joue sur les contrastes de textures, les notes fumées, l'acidité et la gourmandise. On se laisse porter par le jeu des textures, où le fondant se mêle au croquant avec beaucoup d'équilibre.
Un peu plus loin arrive une raviole de champignons de Paris délicatement enveloppée dans une feuille de chou, accompagnée d'une sauce montée façon mayonnaise à la moutarde à l'ancienne et relevée par un bouillon de légumes. Une bouchée toute en finesse, suivie d'une étonnante chips au charbon végétal garnie d'une rillette qui joue pleinement sur les contrastes.

Puis arrive un granité citron-piment sous un carpaccio de concombre givré. Je crois que c'est l'une des bouchées qui m'a le plus marquée de tout le repas. Frais, acidulé, légèrement relevé... c'est un véritable réveil des papilles. Instantanément, j'ai retrouvé les saveurs de l'ananas au piment que l'on achète sur les marchés réunionnais et que l'on déguste en se promenant. Une association simple en apparence, mais ici sublimée avec beaucoup de finesse.

Pour accompagner ces premières assiettes, nous avions choisi la formule « Les deux verres du sommelier », une excellente idée à 24€ pour prolonger l'expérience. Le premier accord nous a fait découvrir la cuvée Promenade Amoureuse, un vin blanc tout en fraîcheur, aux arômes de fruits blancs (poire, pêche) délicatement relevés par des notes d'agrumes.
La présentation des vins mérite une mention particulière. Notre serveuse prenait le temps de décrypter chaque cuvée avec une véritable culture de l'œnologie, expliquant son histoire, son profil aromatique et les raisons de son accord avec chaque assiette. Plus qu'un simple service, ces quelques minutes d'échange avaient des airs d'initiation à l'œnologie, tant ses explications étaient précises, passionnées et accessibles.
Le troisième service met à l'honneur un thon albacore en cuisson unilatérale, une technique qui consiste à ne saisir le poisson que sur une seule face. Le résultat est remarquable : légèrement nacré, incroyablement fondant, il conserve toute sa délicatesse. À ses côtés, les petits pois et les haricots verts, d'une fraîcheur irréprochable, offrent un croquant presque addictif qui contraste à merveille avec l'onctuosité de la mousseline et la légèreté de l'émulsion. Une assiette tout en équilibre, où chaque texture trouve naturellement sa place. Mention spéciale également au pain maison, élaboré à partir de farine de manioc – et non de fécule –, dont la saveur et la texture en font un accompagnement à part entière.

Le rougail, lui aussi revisité, arrive presque comme une œuvre d'art : légèrement marqué au chalumeau, accompagné de pickles d'oignons, de différents condiments végétaux (blettes, tomates) et d'une huile de tomate qui concentre toute la gourmandise du fruit.. WHAOU !

Même le plateau de fromages sort des sentiers battus. Entre cheddar roulé dans une poudre d'hibiscus, fromage des Hauts accompagné de pickles de betterave ou paneer maison au cumin torréfié et pesto aux baies roses, chaque bouchée réserve une nouvelle surprise.

Et parce qu'un grand repas mérite une belle conclusion, les desserts prolongent cette même logique de créativité : une madeleine sublimée par une marmelade d'agrumes intensément parfumée, avant un dernier dessert autour du miel, d'une panna cotta, d'une glace vanille et de notes torréfiées qui clôturent le repas avec beaucoup d'équilibre.

Un pinotage sud-africain au sommet !
La plus belle surprise œnologique de mon année s’est jouée ce soir, au Mêts-Tissés, autour d’un verre de pinotage Jakkalsvlei venu d’Afrique du Sud. Une découverte qui a réussi l’exploit de devancer deux de mes références favorites : les Saint-Joseph et les Crozes-Hermitage.
Face à ces grands classiques du Rhône, ce vin sud-africain a imposé sa personnalité avec élégance : une belle profondeur, des arômes de fruits noirs et d’épices, une matière généreuse, portée par une structure tannique affirmée mais parfaitement intégrée. Des tanins présents, soyeux et racés, qui lui donnent du relief, de la longueur et cette capacité rare à accompagner la cuisine avec caractère sans jamais dominer.
La preuve qu’un grand vin ne se trouve pas toujours là où on l’attend, et que les plus belles émotions naissent parfois des découvertes les plus inattendues.



Commentaires